Si un arbre tombe dans une forêt sans personne aux alentours pour l’entendre, fait-il du bruit ?
Cette question hypothétique est d’actualité car de nouvelles recherches menées à l’Université
d’Australie occidentale en avril 2017 suggèrent que les plantes elles-mêmes auraient la capacité de
percevoir les ondes sonores.

 

En contrôlant méticuleusement la température, l’humidité et les autres sons du laboratoire,
Gagliano et son équipe ont pu constater qu’en effet, les jeunes pousses déployaient délibérément leurs
racines vers certains sons. Notamment, 80% des pousses observées ont su diriger leurs racines vers le
son de l’eau et ce, même si l’eau n’était pas accessible et n’avait aucun impact sur l’humidité et la
température du substrat.

 

« Elles savaient juste que l’eau était là, même si la seule chose à détecter était le bruit qui coule à
l’intérieur de la conduite », confirme la biologiste.

 

Un phénomène qui risque d’intéresser des pays tel l’Allemagne qui dépense une somme estimée
à 28.4 millions d’euros par année pour dégager ses tuyaux de racines végétales. La ville de Los
Angeles aux États-Unis a, quant à elle, déboursé 35 millions de dollars en 1997 pour la même raison.
Le problème, comme l’a démontré le chercheur suédois, Johan Östberg, dans sa recherche en 2012, est
que présentement la méthode la plus efficace pour dégager les racines est l’application de composantes
chimiques qui ne peuvent être appliquées seulement une fois que la problématique soit déjà présente et
détectée. En plus d’être réactionnaire, cette méthode représente un danger environnemental pour les
sols et les conduites d’eau et doit être réappliquée de nouveau après la repousse des racines. Les
chercheurs se demandent donc s’il serait possible et plus viable à long terme de simplement construire
les égouts avec des matériaux plus insonorisants.

 

Toutefois, la perception d’ondes sonores chez les plantes ne servirait pas juste à la détection de
l’eau. La recherche a aussi démontré que les racines éviteraient aussi certains sons artificiels, voire
peut être même certains champs électromagnétiques.

 

« Nous présentons ici une explication rationnelle indiquant que la perception des sons et des vibrations
aurait fort probablement évolué aussi chez les plantes », continue Gagliano.

 

Après tout, plusieurs organismes vivants ont développé un sens de l’ouïe sans avoir recours au
tympan. Les serpents perçoivent les vibrations en utilisant un os spécialisé dans leur mâchoire. Les
insectes utilisent leurs antennes. Alors pourquoi les plantes qui possèdent des racines sous-terre, un
environnement dense et propice aux vibrations, n’auraient-elles pas elles aussi développé un
mécanisme sensoriel jusqu’à présent inconnu leur permettant de réagir au son? Mais comment font-
elles? Les recherches se poursuivent en ce sense.

 
 

Marc-Antoine-Belair